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La Fédération Française de Tir à l’Arc permet à ses licenciés de pratiquer plusieurs sortes de tir. Le tir dit « beursault » est le plus ancien d’entre tous, car il remonte au moins à l’époque du Moyen-Age central et il est souvent qualifié de « tir traditionnel » pour cette raison.

Le « Beursault »

La Fédération Française de Tir à l’Arc permet à ses licenciés de pratiquer plusieurs sortes de tir. Le tir dit « beursault » est le plus ancien d’entre tous, car il remonte au moins à l’époque du Moyen-Age central et il est souvent qualifié de « tir traditionnel » pour cette raison.

Article paru dans Le Tir à l’Arc


Les occupations du dimanche d’après un peintre hollandais du XVIIe

 

La Fédération Française de Tir à l’Arc permet à ses licenciés de pratiquer plusieurs sortes de tir. Le tir dit « beursault » est le plus ancien d’entre tous, car il remonte au moins à l’époque du Moyen-Age central et il est souvent qualifié de « tir traditionnel » pour cette raison.
Cette pratique de tir extérieur, souvent qualifiée d’exigeante, est largement répandue au sein des compagnies d’arc mais pas exclusivement car plusieurs clubs s’y exercent également. Pour pouvoir le pratiquer, il est nécessaire d’avoir pour structure un jardin d’arc ou jeu d’arc, équipement que nous décrirons plus loin dans cet article.
Chaque année la FFTA continue d’organiser un championnat de France « beursault ». Pour qu’une compagnie puisse y inscrire des archers, il est nécessaire qu’elle présente au moins un délégué avec un drapeau ou bannière lors du « bouquet provincial » généralement organisé au mois de mai.

Origine du mot « beursault »

D’où vient donc l’origine du mot contemporain « beursault » ? Voilà une question qu’il est légitime de se poser lorsque l’on pratique cette ancienne discipline. Plusieurs variantes de réponses sont connues, souvent sans preuve historique comme fondement. Nous souhaitons vous livrer dans cette partie plusieurs pistes de réponses documentées.
Le manuscrit intitulé Le mystère de Saint Rémi, publié au XVIe siècle, utilise le mot « beursault ». Nous pouvons donc en déduire que ce terme remonte au moins de ce siècle.
D’ailleurs, le Dictionnaire Des Arts Et Des Sciences de 1732 nous apprend qu’il s’agissait, déjà au XVIIIe siècle, d’un « vieux mot » signifiant alors « but ».
Une autre référence du même siècle, datée de 1750 et trouvée dans le Dictionnaire étymologique de la langue françoise, Volume 1, nous en dit plus sur les verbes berser ou bersauder :
« Signifioient anciennement tirer de l’arc. Et un arc de voute s’appelle encore à présent en termes d’Architecture, un berseau […]. Berser, en cette signification, vient du latin-barbare inusité bersare : d’où l’italien bersaglie, pour le blanc auquel tirent les Archers, & les Arquebusiers. Il y a diversité d’opinions touchant l’étymologie de ce mot italien […]. On lit souvent dans nos anciens livres bersailler, & bersauder ; & ces deux mots sont synonimes, en ce que l’un vient de bersail, et l’autre de bersault, qui tous deux signifioient proprement le but ou le blanc à tirer de l’arc. »

Définition qui est confirmée par un texte plus ancien (Le Triomphe de la glorieuse Vierge Marie contre les calomnies du Sieure de Mestre Simeon Codur dressé par Valentin Gerard, 1607) :
« le bersail, & le blanc (où le noir) où il dresse & braque tout l’attirail de ses piexes, & artilleries esuentées. »
Ainsi sont expliqués ces mots et synonymes que sont berser, bersauder, bersailler, … qui reviennent donc à dire « tirer le blanc (et/ou le noir) » de la cible.
Les mots bersaut, berseau, bersault, … signifieraient donc quant à eux le « but » ou la « butte », comme cela est d’ailleurs mentionné dans un Supplément au glossaire du Roman de la rose de 1737 :
« Bersault signifie une butte » et on peut y voir une note précisant que « l’Amour fit du Coeur de l’Amant une butte contre laquelle il décochoit les flêches. »
Définition confirmée par les Mémoires de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique de 1882 :
« Bersaux » : but auquel on vise, variante de bersail
Et dont la locution est, notons-le : « Faire bersaut de », « viser », ou bien « livrer bersault à un homme »

Le beursault

 


Légende : Allée du roi du jeu d’arc d’Annet/Marne, 2013

L’origine du mot étant expliquée, parlons désormais de cet exercice particulier qu’est le beursault.

Tout d’abord, quelle est la règle de ce jeu ? Pour faire simple, dans le cadre de « Prix » ou concours, nous pourrions dire que ce qui compte dans ce tir, ce n’est pas de faire la meilleur flèche mais plutôt de réaliser le maximum d’« honneurs », c’est-à-dire d’avoir le plus de flèches possibles dans le cordon extérieur de la « carte ». Les meilleurs flèches sont tout de même généralement récompensées et permettent surtout de départager les archers qui auront le même nombre d’honneurs.

Le beursault se pratique dans un jardin d’arc ou jeu d’arc. Concrètement, il s’agit d’un espace extérieur, arboré et fleuri, dans lequel se trouve souvent un logis (où les archers peuvent se rassembler) et où se fait face au moins une paire de buttes de tir (l’une s’appelle « butte maîtresse », l’autre « butte d’attaque »), espacées généralement de 55 mètres environ. Le chemin partant en ligne droite d’une butte à l’autre est baptisée « allée du roi ». Le chemin permettant d’aller d’une butte à l’autre, écartée de l’allée du roi pour éviter le chemin des flèches, est quant à elle baptisée « allée des chevaliers ».

Le tir beursault se tire généralement en « peloton » (groupe constitué de plusieurs archers) en un nombre de « haltes » donné, c’est-à-dire un nombre fixé à l’avance d’allers-retours d’une butte à l’autre. Le tir commence toujours depuis la butte maîtresse, où l’archer n’oubliera pas de « saluer », et à chaque tir une seule flèche est décochée, de sorte que deux flèches sont tirées à chaque halte.

De nos jours, l’allée du roi est toujours bordée de plusieurs « gardes », ces panneaux en bois d’une hauteur d’environ 4 mètres de haut et un mètre de large. Elles protègent les archers des flèches perdues lorsqu’ils se rendent d’une butte à l’autre. Autrefois, les gardes étaient souvent des arbres, ou bien, dans quelques lieux, aucune garde n’était présente ou bien encore un large mur était maçonné, au milieu du jeu d’arc, entre les deux buttes, et qui était percé de haut en bas, de la largeur de l’allée du roi, pour le passage des flèches.

L’évolution du tir beursault

A l’origine, le tir beursault était en soi un entraînement militaire, pratiqué chaque fin de semaine par les « bourgeois » des villes (comprendre habitants), et le tir avait adopté en ce sens des caractéristiques précises : la distance de tir, qui est de 50 mètres, correspond à une distance pratique de tir au combat à l’arc ; le diamètre de la cible correspond à peu près à la largeur de la poitrine d’un homme ; et la hauteur entre le sol et le centre de la cible est située à 1 mètre du sol, ce qui correspond à la jointure de l’armure, point central et hémorragique au combat.

Si toutes ces principales caractéristiques militaires sont restées au cours du temps, le tir beursault a bien sûr évolué, à l’instar de toutes autres disciplines sportives, tant en fonction des aspirations de ses pratiquants que des évolutions techniques du matériel de tir. Les principales évolutions que nous constatons concernent les cartes beursault en elles-mêmes, car elles sont le reflet des pratiques d’autrefois.

Ainsi, nous vous proposons d’étudier ci-après l’évolution des cartes beursault, qui traduit selon nous l’évolution du tir beursault in fine. Pour cela, nous nous basons sur une belle base iconographique du Musée de l’Archerie et du Valois (situé à Crépy-en-Valois, Oise), composée de plus de 100 cartes beursault datées du XVIIIe au XXe siècles.

Du XVIIIe s. au début XIXe s. :

La carte est faite d’un cordon extérieur plein. Le centre de la carte est faite d’un grand rond noir, éventuellement doublé d’un cordon doré. La carte était alors maintenue par 5 broches, une à chaque angle et une autre placée au milieu de la carte, appelée « broche centrale ».
Aucun système de point n’est mis en avant. L’archer est soit dans l’honneur (« blanc ») ou le « noir » (centre de la carte).
En plus des quatre autres broches, la broche centrale pouvait permettre, d’un point de vue pratique, de bien accrocher la carte sur la paille de la butte. D’un point de vue symbolique, cette broche pouvait également représenter le coup parfait inatteignable (la perfection appartenant alors à un autre « concept » : Dieu…).

 



Prix, 1777 Prix, 1815 Prix rendu par M. Delaunay, 1818

Du milieu du XIXe s au XIXe s. :

Un système de points fait son apparition. La carte est faite d’un cordon extérieur plein, puis de quatre cordons simples, 1 cordon plein (doré ou noir), puis deux cordons simples (ou dont 1 de couleur) et enfin un noir.

 


Partie de jardin, 1840
Partie de jardin, 1842

Révolution au milieu du XIXe :
Partie de jardin, 1902
Championnat de la région du Nord, 1903


Partie de St Sébastien de la compagnie Senlis-Montauban, 1932  Partie de jardin pour la St Sébastien, 1938

 

En 1850, M. EMERY, chevalier d’arc de la compagnie de Belleau (Aisne), président du bureau du prix provincial, présenta un compas original à ses collègues et proposa de remplacer le tir à la broche centrale par un tir où les coups seraient désormais mesurés. L’assemblée prit connaissance de l’outil appelé « Compas Ognard » (voir encadré), mais remit à l’année suivante toute décision relative à une modification éventuelle des pratiques en usage.
En 1851, les délégués de toutes les compagnies, réunis à Château-Thierry, furent saisis de la question et de la proposition faite par M. Emery d’adopter ce nouvel outil. Mise au vote, sur 24 chevaliers appelés à se prononcer, 11 seulement se montrèrent favorables au changement. Les autres opinèrent « pour le maintien de la broche ».
Persévérants, les partisans du mesurage au point de centre provoquèrent quelques mois plus tard, le 16 novembre 1851, une réunion spéciale. Un nouveau règlement général pour le tir du prix provincial et autres fut écrit, dans lequel il était dit que le compas Ognard « serait adopté à l’avenir pour servir au mesurage » des coups. Sur 24 votants, 22 chevaliers s’étaient montrés favorables à la réforme.
Mais l’affaire n’en resta pas là. La saison suivante, au bouquet de Romeny, une opposition violente se manifesta contre tout changement à la coutume. Les délégués hostiles au compas Ognard, étant en majorité, prirent un arrêté interdisant la substitution du nouveau mode de mesurage à l’ancien et déclarant passible d’une amende de 150 francs toute compagnie qui contreviendrait à cette décision.
Ce n’est que sept ans plus tard que la réforme finit par s’imposer. Le bouquet de 1859 fut donc le premier dont les coups aient été mesurés avec le compas Ognard. Sur l’initiative de la compagnie d’Essomes, l’adoption en avait été proposée, une fois de plus, à toutes celles qui s’y trouvaient intéressées. Chacune avait reçu une lettre l’invitant à se prononcer sur l’opportunité de la réforme. Sur 46 sociétés composant alors officiellement l’effectif de l’arrondissement ou assimilées, 10 s’étant abstenues, 28 se déclarèrent pour l’adoption et 10 seulement s’y montrèrent hostiles. La réforme était faite.
Depuis donc, plus de broche centrale. Les chevaliers superposèrent à la grande carte, dans son milieu, un petit carré de carton dénommé marmottin, où le point de centre était marqué. Une flèche perçait-elle cette cible restreinte et mobile, sur le trou on juxtaposait un « mandrin » de la même grosseur que celle-ci, au centre duquel se plaçait l’une des extrémités du compas tandis que l’autre se fixait « au point de centre » de la petite carte. Le mécanisme ingénieux du compas permettait d’apprécier à un dixième de millimètre près la distance exacte des coups.
Suite à cela, nous remarquons sur les cartes l’apparition d’une petite zone blanche au centre du Noir, ce qui pourrait correspondre selon nous au remplacement symbolique de la broche centrale. La carte est donc désormais faite d’un cordon extérieur plein, trois cordons, un cordon plein, deux cordons, un Noir et enfin un Blanc.

Depuis les années 1938 environ, les cartes sont généralement imprimées suivant le modèle contemporain toujours en usage. Au-milieu du dernier siècle, nous voyons certaines compagnies rajouter volontairement des cordons colorés pleins (1952).

Conclusion

En raison des améliorations techniques, nous pouvons tout d’abord noter que la taille du Noir a diminué dans le temps. De même, l’importance de l’honneur a progressivement laissé place à un système à plusieurs cordons permettant de départager les archers via un système de points. Ceci à l’instar des cibles anglaises.
Le réel tournant du beursault est sans doule l’arrivée du compas Ognard. Au-delà de l’évolution apportée pour la mesure des coups, la disparition de la broche centrale nous semble en effet être une volonté de course à la performance sportive, mais également, ne l’oublions pas : un souhait de laïcisation des pratiques de la chevalerie de l’arc d’autrefois.

Crédits photo : F. Pryka, Musée de l’Archerie et du Valois

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